La jeune femme passa une main dans ses cheveux et les lissa délicatement puis elle se secoua un peu la tête pour leur donner une allure naturelle. Elle écarquilla les yeux le temps d’appliquer son mascara et enfila son manteau pour sortir. Sur le pas de la porte, elle rencontra son voisin qui faisait grise mine. Il était âgé ; la moindre de ses rides semblait être un véritable fossé. Depuis qu’elle s’était installée là, Lila l’avait toujours connu renfrogné. Elle ne s’inquiéta donc pas de l’entendre ronchonner en passant à côté de lui pour atteindre les escaliers. C’était une belle journée d’automne, les feuilles virevoltaient au vent mais l’air était doux. Quelques rayons de soleil faisaient la guerre aux nuages de l’hiver qui, une fois n’est pas coutume, ne se hâtaient pas d’approcher. Lila s’apprêtait à descendre dans les sous-sols du métro quand elle fut touchée par la magie de cette ambiance sereine qui régnait dans le petit matin. Elle décida de marcher pendant quelques arrêts et profita de cette inhabituelle accalmie météorologique. Le lendemain, à la même heure, il plut des cordes. A travers le reflet des vitres du RER, Lila dévisageait des visages humides sans regretter de leur avoir, la veille, faussé compagnie. Son couple étonnait. Son histoire était peu commune et sa personnalité très attachante. Cela rendait sa situation intéressante et elle déplora le fait d’être au centre de beaucoup de commérages.
« - Puisque les gens ont envie de nous voir, pourquoi ne pas leur donner matière à s’amuser ? J’ai envie de donner une grande fête, Lila, et qu’elle soit en notre honneur. Cela fait tellement longtemps que j’espère ce moment, je ne veux plus te laisser m’échapper. Puis, je te sens sûre et confiante. S’il te plaît, dis-moi que je ne me trompe pas… J’ai envie de passer le reste de ma vie avec toi. Notre amour était inévitable. Pour faire les choses proprement, je vais me mettre à genou. S’il te plaît, ne rigole pas. Non, arrêtes, pas ce sourire, ça va être trop dur si tu te moques de moi. Bon je t’avoue que j’ai un peu répété mais écoutes-moi jusqu’au bout s’il te plaît. Ce que je veux te dire, c’est que je t’aime. Je t’ai toujours aimé. Il me semble que je suis tombé amoureux de toi la première fois que je t’ai vu. Je ne sais pas pourquoi cela n’a pas marché tout de suite mais le destin nous a à nouveau réunis. Pour moi, c’est une grande chance qu’il faut saisir. Lila, ma belle, veux-tu m’aimer encore et pour l’éternité en te mariant avec moi ? Veux-tu m’épouser ? ».
Il la surprenait. Décidemment, il était sûr de lui. Elle aussi avait une grande confiance en leur couple mais elle lui demanda un temps de réflexion. La jeune femme préférait juger de la situation à tête reposée plutôt que de répondre un ‘oui’ aussi subit qu’absurde parce qu’inconsidéré. Bien sûr, il lui accorda tout le temps dont elle avait besoin, mais une forme de tristesse inquiète figea son visage quelques secondes. Lorsqu’elle en parla à Cathy, celle-ci fit une tête d’enterrement et pour la première fois dans l’histoire de leur amitié, elle se fâcha contre son amie. Les deux amants s’étaient décidés rapidement. Ils n’avaient jamais vécu ensemble. Lila avait déjà fait tellement d’erreur en amour qu’il valait peut-être mieux attendre. Qu’est-ce que cela allait donner ? Pourquoi se marier ? Il ne fallait pas précipiter les choses. Cathy ne voulait pas récupérer son amie au fond du gouffre. Elle la mettait en garde. Lila s’était déjà trompée. Personne ne semblait l’avoir oublié.